« Christian Valensisi est un autodidacte avoué, un vigneron inspiré. Une vallée tranquille au nord d’Aix-en-Provence, hors des grands itinéraires touristiques. On y fait du vin. Mieux : du bon vin. En témoignent les dives bouteilles de la Chapelle Saint Bacchi. Des nectars dignes de Bacchus… »
Entre Jouques et Rians, à l’entrée d’une vallée, un petit hameau gardé par un joli muret de pierres, lové autour d’une grande chapelle, dédiée à Saint-Bacchi, un officier romain d’origine syrienne. Converti au christianisme, il aurait évangélisé la vallée avant de vivre ces dernières années en ermite, là où aujourd’hui on célèbre sa mémoire.
On dit que le bel édifice religieux, fraîchement restauré, fut construit sur un ancien temple romain consacré au culte de Bacchus. On dit aussi que a source qui alimentait le bâtiment était miraculeuse. Tout cela expliquerait bien des choses. La réussite de Christian Valensisi notamment. Un mystère ! Voilà un homme qui, il y a moins de dix ans encore, n’avait jamais travaillé la vigne. Non, son truc à lui, c’était le blé dur, les herbes aromatiques et l’olive. Le monde du vin, il l’avait à peine abordé avec quelques clients quand, au début de sa vie professionnelle, il vendait du matériel agricole. Ça ne l’a pas empêché, en 2002, de reprendre trois hectares en fermage et, l’année suivante, d’aménager une cave dans une ancienne bergerie. «Il m’a fallu six bons mois pour la vider, la rénover, gratter et nettoyer toutes ses pierres.» Les lieux sont fin prêts pour la vendange. Le plus difficile est pourtant à venir. «Quand j’ai commencé à vendanger, je ne savais pas faire du vin. Aucune formation, pas même un stage. Le premier jour, je me suis fait aider par l’œnologue qui m’a vendu les machines de vinifcation. Le lendemain, je me suis débrouillé tout seul.» C’est la vérité vraie. Et pourtant, on a du mal à la croire. Car la Chapelle Saint-Bacchi, son Coteaux d’Aix-en-Provence, a eu les faveurs du Guide Hachette, la bible des amateurs de vin, depuis ses premiers crus ou presque.
Alors, oui, c’est une certitude : l’homme est habité par l’esprit du dieu romain de la vigne et du vin. Sinon, comment aurait-il eu l’idée de sa cuve en tronc conique pour travailler de gros volume dans un contenant en bois ? «On a tous les avantages de cette matière, à commencer par la micro-oxygénation, sans en avoir les inconvénients.» Sinon, comment aurait-il su pour ses barriques “un vin” dans lesquelles il élève ses vins dix-huit mois de rang, leur donnant alors des tannins soyeux ? Sinon, comment aurait-il pu sortir des rouges exceptionnels dont il espère, pour certains, jusqu’à vingt bonnes années de vieillissement, au moins ? Alors, hein, sinon Bacchus, quoi d’autre ? Le talent, la passion, une belle perception de la nature qui lui fait décider de l’heure de la vendange au goût et à l’œil. Ah ! Vous croyez ? Oui, bon… Peut-être bien…

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